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50ème Congrès national de Spéléologie

Certains jours jusqu’au 8 juin 2025

10:00 - 18:00

Type(s) de public Tous publics

Un cycle de conférences est proposé pendant le 50e congrès national de spéléologie. Le thème est : L’Odyssée économique du karst, de la préhistoire à nos jours.

Samedi 7 juin :

9h30-10h15

La grotte des Furtins, des utilisations et des intérêts multiples du Paléolithique moyen au XXIe s. par Lionel Barriquand (Laboratoire EDYTEM)

La grotte des Furtins (Berzé-la-Ville, sud-Bourgogne) a été fréquentée par des groupes humains préhistoriques. Les premiers y ont laissé quelques outils en silex caractéristiques du Paléolithique moyen, ainsi que des fragments de chaille qui semblent avoir été utilisés de manière opportuniste. Il s’agissait probablement de Néandertaliens. Des ours des cavernes profitaient aussi de la cavité pour hiverner. Plus tard, des Homo sapiens s’y installent avec leurs outils magdaléniens en silex, en os et en ivoire. Au cours de l’Antiquité la cavité est divisée en deux parties par la construction d’un mur monumental, dont on ignore la fonction. Durant le Haut Moyen-Âge elle est utilisée comme bergerie jusqu’à ce qu’une partie de sa voute s’effondre. Toutefois elle enregistre encore une présence humaine au cours du 16e siècle. Était-elle alors utilisée comme refuge ?

Vers 1860-70, H. de Ferry (un des précurseurs de la Préhistoire) l’achète. En 1938-1939, la spéléologie se démocratise. Les membres de la section du Club Alpin de Mâcon y pratiquent cette nouvelle activité. De 1945 à 1948 A. Leroi-Gourhan y établit son école de fouille, avec des travaux d’envergure, pluridisciplinaires, qui mettent en place les fondements de l’équipe scientifique qui l’accompagnera pendant plusieurs décennies. Dans cette cavité, il est un des tout premiers en France à coordonner les éléments des sols d’occupations dans les trois directions de l’espace.

En 2018 une approche scientifique multidisciplinaire de la cavité débute (ré-étude des collections, étude des archives, topographie, géophysique, biospéléologie, datations…). Les membres de l’équipe qui se constitue utilisent la grotte comme un laboratoire pour faire avancer les connaissances sur la cavité mais aussi tester de nouvelles techniques afin de mieux appréhender les évolutions du milieu souterrain dans le temps. En 2024, la grotte des Furtins fait l’objet d’un arrêté de zone de protection de biotope.

10h30-11h30

Concilier spéléologie et enjeux archéologiques : la convention entre le ministère de la Culture et la Fédération Française de Spéléologie par Xavier Margarit (Responsable du Centre national de Préhistoire / CNP à la Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture)

La spéléologie et l’archéologie partagent un intérêt commun pour le monde souterrain. Nombreuses en France sont les grottes, notamment préhistoriques, parmi les sites archéologiques les plus renommés, et plusieurs découvertes de ce type ont été réalisées par des spéléologues. Les cavités naturelles, en effet, présentent la particularité d’offrir des conditions remarquables pour la conservation de vestiges sur de longues périodes. C’est pourquoi le ministère de la Culture et la Fédération Française de Spéléologie ont signé en 2018 une convention pour développer leurs relations et mettre en commun leur savoir-faire. Ce partenariat a conduit à la création d’un groupe de travail et à la mise en place de formations destinées aux archéologues et aux spéléologues. Ces actions visent à mieux comprendre et partager les bonnes pratiques et les attentes respectives des deux disciplines, notamment en cas de nouvelles découvertes. Elles se donnent pour objectif de construire une relation d’apport mutuel, dans l’intérêt de l’étude, de la connaissance et de la préservation des sites. X. Margarit, S. Konik, O. Fuentes, P. Galant, N. Cahoreau, N. Coye, P. Barbuti, P. Ahouangbo, K. Dufay.

14h15-15h30 L’ouverture au public de sites paléolithiques originaux : un défi à la croisée de la conservation, de la recherche et de la médiation par Victor Jantes (chargé des publics, Centre des Monuments nationaux)

Le Centre des monuments nationaux a en charge près d’une dizaine de sites paléolithiques en vallée Vézère, presque tous ouverts au public. Il s’agit non seulement d’assurer la conservation de ces sites remarquables (Font de Gaume, Combarelles, Le Poisson ou encore Cap Blanc), mais aussi de favoriser les nouvelles études scientifiques pour la transmission et la diffusion des connaissances auprès du plus grand nombre. L’utilisation de nouveaux outils technologiques pour mieux mesurer et contrôler le climat souterrain ainsi que les progrès énormes réalisés en termes de photogrammétrie et de numérisation permettent d’appréhender ces monuments ainsi que leur environnement immédiat sous un angle nouveau. Préservation, études, médiation et valorisation doivent trouver, en toute cohérence, le parfait équilibre.

15h45-17h

Quand, où, comment, qui et pourquoi si loin sous terre ? Ou l’appropriation préhistorique du milieu souterrain par Jacques Jaubert (Professeur de Préhistoire, Université de Bordeaux, PACEA UMR 5199 CNRS-UB-MC)

La thématique dite de la ‘paléospéléologie’, néologisme proposé par le regretté François Rouzaud dès la fin des années 1970 a permis de formaliser un nouveau champ disciplinaire qui a connu un regain d’intérêt avec les travaux toujours en cours à la grotte de Bruniquel. Donc l’arrivée de Néandertal comme acteur d’une fréquentation du milieu souterrain. Auparavant, le curseur était en effet bloqué à la fréquentation des grottes dites ‘ornées’ du Paléolithique récent.

Après quelques rappels terminologiques et une allusion à l’historique des travaux, nous évoquerons les méthodes d’étude actuellement déployées pour mener de telles études.

Nous proposerons ensuite une revue documentaire des incursions humaines en grottes éloignées de la lumière du jour. Ceci pour la longue période dite du Paléo-Mésolithique, donc depuis les Néandertaliens anciens (175 000 ans) jusqu’à la fin des chasseurs-cueilleurs d’Europe et les Mésolithiques (7 000 ans avant le présent). Outre les Néandertaliens, on y croisera les Aurignaciens de Chauvet, les Gravettiens de Cussac, les Magdaléniens du domaine pyrénéo-cantabrique sans oublier les Mésolithiques de Saint-Marcel. Cette chronique n’éludera pas les périodes inégalement documentées à l’exemple du Solutréen.

Nous conclurons en tirant les fils des interprétations de cette fréquentation hypogé qui échappe au quotidien alimentaire ou technique de ces groupes de chasseurs-cueilleurs puisqu’il s’agit de témoignages sociaux, sépulcraux, spirituels voire mythologiques.

Dimanche 8 juin :

9h30-10h20

De l’exploration spéléologique à la découverte de la grotte Chauvet - Un film-témoignage de Eliette Brunel - 32 mn - Avril 2024

Spéléologues passionnés, Éliette Brunel, Jean-Marie Chauvet et Christian Hillaire, sensibilisés à l’archéologie et à la préservation de ce milieu souterrain si fragile, partagent depuis les années 70 leurs découvertes avec leurs amis et les scientifiques.

Le dimanche 18 décembre 1994, le trio revisitait une fois encore une petite cavité dans les falaises du Cirque d’Estre situées en Ardèche, sur la commune de Vallon-Pont-d’Arc.

Dans le film, Éliette convie les spectateurs à vivre l’incroyable découverte de ce fabuleux sanctuaire paléolithique en leur proposant

de suivre leur progression dans la grotte ornée lors de leurs premières explorations.

Les images et les séquences vidéo « historiques » révèlent l’immensité des salles et les passages empruntés par les trois inventeurs.

La révélation de ce remarquable trésor archéologique allait bouleverser leur vie.

Ce film dont le scénario élaboré par Eliette avec les images de Jean-Marie et monté en collaboration avec deux amis spéléologues Daniel Chailloux et Véronique Massa Moureu vous fait partager toutes ces merveilles.

Toujours motivés, ils poursuivent encore aujourd’hui leurs campagnes de recherches dans le monde souterrain. En 2001, ils découvrent une nouvelle technique de représentation pariétale qu’ils baptiseront « l’art en creux ».

10h30-11h00

Variations climatiques passées et récentes dans la grotte de Villars, Dordogne par Dominique Genty (EPOC, Université de Bordeaux)

Les spéléothèmes (stalagmites et planchers stalagmitiques essentiellement utilisés) enregistrent les variations du climat avec une grande précision. Plusieurs stalagmites issues de la grotte de Villars, trouvées brisées naturellement dans le réseau sauvage de la cavité, révèlent l’existence d’événements climatiques passés de grande amplitude au cours des derniers 130000 ans. L’image des variations climatiques retrouvées à Villars est conforme à celle issue des carottes marines et de carottes glaciaires, avec cependant des différences liées au climat local. Équipée depuis plus de trente années avec des capteurs environnementaux (température, CO2, pression atmosphérique, débits sous stalactites) la grotte de Villars révèle des tendances climatiques modernes liées au réchauffement climatique global.

11h15-12h00

Les phosphatières du Quercy, une odyssée industrielle, scientifique et touristique par Thierry Pélissié (Les spéléos du Causse de Limogne-en-Quercy et Association "Les phosphatières du Quercy”)

Au sud des Causses du Quercy, les phosphatières constituent un ensemble karstique particulier. Anciennes grottes tropicales comblées de phosphate entre 50 et 20 millions d'années avant notre ère, elles ont fait l’objet d’une exploitation intense au XIXème siècle. Dans le contexte d’une ruée européenne vers ce précieux engrais, une partie du phosphate provenait d’ossements fossiles irrémédiablement broyés. Fort heureusement l’âge d’or industriel fut très bref et les gisements paléontologiques partiellement épargnés. Des millions de fossiles, très diversifiés, parfaitement conservés, parfois même à l’état de momies naturelles, s’y succèdent sur 30 millions d’années. Un ensemble unique au monde, à la base de la labellisation Géoparc mondial UNESCO des Causses du Quercy, qui livre encore chaque année gisements et fossiles inédits. Les scientifiques y décryptent les interactions complexes entre biodiversité, changement climatique et espèces invasives. En sus de leur immense intérêt patrimonial, ces cavités forment aujourd’hui un monde étrange, oasis de fraîcheur à la lisière entre lumière et monde souterrain. On peut les découvrir aux phosphatières du Cloup d’Aural à Bach (Lot).

14h15-15h30

La grotte de Rouffignac : Entre connaissances acquises, découvertes récentes et accueil du public. par Morgane Dachary (Ingénieure d’étude au Ministère de la culture - SRA)

La grotte de Rouffignac, longtemps connue comme grotte de Miremont, est une des cavités périgordines les plus anciennement évoquées dans la littérature. Fréquentée de tout temps, décrite dès le XVI° siècle, cartographiée au XVIII°, son intérêt archéologique n’a pourtant été définitivement reconnu qu’en 1956. Depuis sept décennies, elle fait l’objet de nombreuses recherches grâce auxquelles nous disposons aujourd’hui d’une bonne connaissance du site.

Pour autant, si la dimension spéléologique ne garde probablement plus de secret majeur, cette grande caverne offre encore un potentiel en termes de recherches archéologiques. Nous mettrons l’accent sur deux types de travaux récents : la découverte et l’étude de nouvelles figurations pariétales paléolithiques et la mise en évidence de l’exploitation des silex du calcaire encaissant comme matière première au Mésolithique.

Ouverte à la visite depuis 1959, la grotte de Rouffignac reçoit environ 60 000 visiteurs annuels, attirés à la fois par la découverte du milieu souterrain et par celle d’un art paléolithique spectaculaire. L’année 2025 marque un tournant dans l’organisation de la visite guidée, qui intègre désormais la présentation de deux fac-similés de secteurs ornés jamais aménagés, parce que trop difficiles d’accès et trop fragiles. Nous consacrerons un troisième focus à la réalisation de ce projet.

15h45-16h30

Pister les Préhistoriques dans la grotte d’Aldène… par Philippe Galant (Ministère de la Culture, DRAC Occitanie, service de l’archéologie)

Située sur le versant méridional de la Montagne Noire, avec ses 13 km de galeries, la grotte d’Aldène constitue le plus grand réseau spéléologique du Minervois. L’histoire de cette caverne est riche d’un passé multimillénaire.

Depuis les faunes du Pléistocène, jusqu’aux longs parcours souterrains des groupes préhistoriques, la grotte est ponctuée de nombreux vestiges, aussi rares qu’extraordinaires. Parmi ceux-là, les impacts de torches associés aux empreintes de pas humains d’il y a 8.000 ans constituent des traces exceptionnelles qui racontent une histoire que les archéologues essaient de déchiffrer à grand renfort de technologies modernes.

Mais une autre aventure est survenue : et si des populations contemporaines arrivaient aussi à faire parler ces traces avec une autre approche plus sensorielle ? La confrontation directe sur le site, entre chercheurs européens et pisteurs namibiens, raconte une nouvelle histoire spéléologique, constituant une nouvelle aventure humaine qui vient se rajouter à la longue histoire de l’Aldène …

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