Olivier Chadoin
Olivier Chadoin est Professeur de sociologie à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bordeaux, Directeur de PAVE – Centre Emile Durkheim, rattaché au CNRS 5116 et Ecole doctorale SP2 Université de Bordeaux.
Il est lauréat d’un appel à projet lancé par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche permettant à des enseignants-chercheurs dans le domaine des sciences humaines et sociales d’être accueillis au sein d’un musée pour l’année universitaire 2024-2025. Il est accueilli en résidence au MNP jusqu’en juillet 2025 pour travailler sur les questions suivantes: Comment la discipline préhistoire a-t-elle façonnée le territoire de la Vallée Vézère ? Quels en sont les impacts sociaux, politico-économiques et comment cela se traduit sur la politique de développement du territoire ?


DE L’ÉCLAT D’UN SILEX AU TERRITOIRE, DE L’HUMAIN AU MILIEU
Le Musée National de Préhistoire des Eyzies (MNP), la vallée de la Vézère, sont les témoins d’une occupation humaine de plus de 400 000 ans. Depuis plus d’un siècle, une mobilisation des acteurs locaux, des politiques publiques, ont progressivement érigé cette vallée de la Vézère en « haut lieux » ou « géosymbole ». Depuis 2020, ce territoire est considéré tout à la fois comme « berceau de l’archéologie préhistorique » et « très haut lieu de l’humanité ». On observe donc là clairement un mouvement d’extension du domaine du patrimoine avec des formes de « naturalisation » de l’espace rural. C’est finalement une mythologie de lieu qui s’est édifiée, et une topologie légendaire qui désignent désormais l’identité, le caractère et l’atmosphère de ces lieux.
C’est cette construction sociale longue qu’il s’agit d’interroger : développer une sociologie, voire socio-histoire, de la construction sociale du territoire de la vallée de la Vézère comme « pays de l’homme ». C’est-à-dire de comprendre comment les usages sociaux d’une science nouvelle en ces lieux ont façonné et fixé sur la durée un imaginaire et une identité de territoire ; d’identifier donc les moments, les lieux, les acteurs, les objets-signes, les récits, les labels… qui ont construit cette identité de territoire.
Plus encore qu’un processus de patrimonialisation, il semble que ce qui se joue là c’est la production et l’entretien d’une « valeur » qui s’alimente de l’évolution des visions historiquement situées, passant ainsi d’un langage en termes de sites dits « sanctuaires », à un langage plus contemporain évoquant le paysage et la biodiversité. Comme si la construction sociale de la valeur de ce territoire s’opérait sur la base d’épistémès renouvelées, de représentations successives liées aux travaux des préhistoriens.
Enfin, l’analyse de cette construction conduira à interroger ses effets : participe-t-elle d’un « enchantement » ? Peut-on parler d’un « effet de lieu » positif ? Cette « patrimonialisation étendue » conduit-elle aujourd’hui à des oppositions, des controverses, entre les différents usages sociaux du territoire : tourisme, agriculture, chasse… ?